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Il seguente articolo è stato scritto da Giovanni Gaibazzi per la rivista fracofona MANOURIA ed è stato pubblicato sul n. 27 uscito nel Giugno 2005.
Tratta l'allevamento in cattività di Batrachemys Raniceps, specie per la quale siamo stati tra i primi in Europa ad avere successo nella riproduzione nel 2003.
L'articolo viene riportato in lingua francese come pubblicato sulla rivista
Elevage et
reproduction de Batrachemys raniceps
(Gray, 1855)
Giovanni Gaibazzi
Batrachemys
raniceps est une espèce originaire du bassin amazonien de l'Amérique du
sud. Les données sur son écologie ou son comportement en captivité sont presque
inexistantes. Cet article décrit pour la première fois une reproduction en
captivité de cette espèce. L'auteur a
observé 4 pontes durant ces 3 dernières années ainsi que la naissance de 2
individus après 8 à 9 mois d'incubation. (Sébastien Métrailler)
Introduction
J'ai pu observé pour la première fois Batrachemys
raniceps il y a 6 ans dans une animalerie spécialisée. Je fus immédiatement
attiré et fasciné par l'aspect curieux de cette tortue et
particulièrement sa tête
large. Une semaine plus tard, je revins dans l'animalerie pour acheter ce mâle
esseulé avec la ferme intention de former un groupe d'élevage et d'essayer de
reproduire cette espèce si fascinante et encore si peu connue. Il fallut
néanmoins attendre deux ans pour que je trouve des jeunes individus de la même
espèce parmi lesquels j'ai sélectionné un autre mâle et deux femelles. C'est
ainsi que l'histoire de mon élevage de Batrachemys
raniceps commença...
1. Description
Le genre Batrachemys Stejneger, 1909
regroupe six espèces originaires d'Amérique du sud : sur le plateau des
Guyanes, au Brésil, au Venezuela, en Colombie, en Equateur, au Pérou et en
Bolivie. Ces espèces encore récemment regroupées sous le genre Phrynops Wagler, 1830, ont été
reclassées à la suite du travail de McCord et
al., 2001. Il s'agit de Batrachemys
dahli, B. nasuta, B. raniceps, B. tuberculata, B. zuliae, et B.
heliostemma. La caractéristique morphologique majeure du genre Batrachemys est la tête, extrêmement
large et aplatie ce qui lui vaut son nom vernaculaire de tortue à tête de
crapaud. La portion la plus large de la tête se situe dans la zone des tympans.
Batrachemys raniceps vit sur le haut
Orénoque, dans le bassin de l'amazone et dans ses affluents à l'est de la
Colombie, au sud du Venezuela, au Pérou, au Brésil et en Bolivie (McCord et al., 2001). Les individus de cette
espèce se distinguent des autres espèces de Batrachemys
par les deux lignes noires traversant verticalement leur tête, une partant du
nez et allant en direction des muscles temporaux
et l'autre du nez vers le tympan. La tête a des dessins vermiformes dans la
région temporale et la partie supérieure de la tête et du cou est de couleur
grisâtre à brunâtre. La région du bec est de couleur jaune crème alors que la
gorge est sombre. Deux très petites barbules sont présentes sous le menton. La
dossière est gris noire ou brun sombre alors que le plastron est de coloration
crème avec des taches
brune et larges au centre. Cependant ces taches peuvent être si étendues
qu'elles peuvent couvrir parfois presque l'ensemble de celui-ci. Les membres
sont palmés et sombres. A l'age adulte, les
femelles et les mâles ont une taille similaire, en général de 30 à 35 cm. Les
mâles possèdent par contre une queue beaucoup plus longue et épaisse que les
femelles. Lorsque Batrachemys raniceps
est manipulée, elle peut produire liquide dense et nauséabond qui provient de
deux glandes placées sur le pont. Un tel comportement se perd avec les
années en captivité, lorsque les animaux s'habituent à être manipulés et ne
produisent ce liquide que lorsqu'ils sont manipulés brutalement. Notez que même
si les membres sont palmés, cela n'en fait pas de bons nageurs et ils préfèrent
habituellement marcher au fond de l'eau.
2. Ecologie
Les comportements et le cycle de vie de cette espèce sont peu connus dans la
nature. Il semble que les individus fréquentent les portions calmes, à faible
courant, des rivières et des fleuves. L'eau y est
riche en tannins et sombre due à la décomposition de l'abondante végétation
tombant dans l'eau. De telles portions de rivière sont localisées dans des
zones peu ou pas explorées de la forêt tropicale de l'Amazonie. Ces zones sont
caractérisées par une végétation riche et luxuriante offrant de nombreuses
zones cachées pour la ponte. La ponte est probablement une des rares occasions
où l'espèce quitte le milieu aquatique. En fait Batrachemys raniceps est très timide et ne s'expose pas sous le
soleil mais préfère marcher au fond de l'eau à la recherche de nourriture.
Leurs mâchoires très puissantes laissent à
penser qu'elles mangent des crustacées car elles peuvent casser aisément des
coquilles épaisses. Elles se nourrissent aussi probablement d'une grande
variété d'amphibiens, de poissons et d'invertébrés vivant dans de tels milieux.
Cette espèce est
particulièrement active au crépuscule et est plus facile à observer près des
berges lorsque le soleil se couche ou durant la nuit. J'ai observé un tel
comportement très fréquemment en été lorsque mes animaux sont dans les basins
extérieurs. La première année lorsque j'ai placé mes tortues à l'extérieur,
j'étais très inquiet, car je ne les ai pas vu de toute la saison, de mai à
septembre et j'ai pensé qu'elles étaient mortes. Mais lorsque j'ai asséché le
basin à la fin de la saison pour les trouver, je fus surpris de les retrouver
vivant avec des couleurs dénotant de leur bonne santé. Leur croissance avait
été spectaculaire. Cela me démontra l'importance de les conserver à l'extérieur
des que c'est possible.
3. Elevage en captivité
3.1. Installation
Batrachemys raniceps s'adapte assez
bien à la vie en captivité, elle se montre toutefois assez timide durant sont
acclimatation. Elle n'est pas très active et ne nage pas souvent en pleine eau,
elle préfère marcher au fond de l'eau. Pour un aquarium idéal, il est donc
recommandé de privilégier une grande surface avec une faible profondeur d'eau,
ce qui leur permet de respirer facilement à la surface. Une autre solution est
d'ajouter des pierres et des larges branches ce qui facilite la montée à la
surface. Cette tortue peut aussi être élevée dans un bassin extérieur durant la
bonne saison. Elle semble plus effrayée par les dangers pouvant venir du dessus
que d'autres espèces que j'ai élevé. Cette vigilance est peut être dû au fait
qu'elles sont habituées à vivre dans des eaux sombres. C'est pourquoi je trouve
très utile
d'ajouter dans l'aqurium ou le basin des éléments flottant procurant des caches
comme des morceaux de liège ou des plantes comme des jacinthes d'eau. Une autre
solution est de placer des plantes sur les
bords de l'aquarium qui vont ainsi recouvrir une large partie du bassin
en poussant.
En captivité, les
tortues deviennent sexuellement matures à l'âge de 6 à 8 ans. Il devient alors
important de leur fournir une zone de ponte. Cela peut être une boîte en
plastique attachée au bassin et rempli de 2/3 de terre et 1/3 sable. Les
tortues vont explorer l'endroit plusieurs fois plusieurs fois avant de pondre,
mais peuvent aussi l'utiliser pour dormir hors de l'eau lorsque la température
extérieure est assez élevée.
L'utilisation
d'un filtre est indispensable pour conserver une bonne qualité de l'eau et
éviter que les tortues ne deviennent malades ou ne soit atteintes par de
dangereuses nécroses ou champignons. Dans le cas de Batrachemys raniceps, il est très important que l'eau soit
changée fréquemment et qu'elle conserve une bonne qualité, notamment au niveau
de la concentration de nitrites et de nitrates. Dans mes installations,
j'utilise un filtre mécanique classique composé de mousse synthétique et de
laine perlon qui permettent de filtrer les plus grosses particules. J'ajoute
également un filtre antibactérien de grande capacité, de type filtre
percolateur, pour éliminer les nitrites et en partie les nitrates. Avec un tel
système je n'ai pas besoin de changer l'eau trop souvent et j'augmente la
qualité de l'eau. Ce type de filtre se révèle être essentiel pour l'élevage de Batrachemys et d'autres espèces encore
plus sensibles.
Les températures
auxquelles je conserve mes animaux peuvent varier énormément entre la nuit et
le jour et d'une saison à l'autre. Cette espèce semble habituée à de grands
changements de températures dans son habitat naturel. Je pense d'ailleurs que
des baisses de températures entre le jour et la nuit sont très importantes pour
offrir de bonnes conditions aux tortues. J'ai donc fixé mon thermostat sur une
température maximum de 28°C durant le jour et sur une température minimale de
15°C durant la nuit. Il est certain que les fluctuations sont encore plus
élevées dans la nature mais recréer exactement les conditions naturelles peut
être difficile et risqué. Je ne m'approche donc pas trop des conditions
extrêmes supportées par l'espèce.
3.2. Alimentation
Batrachemys raniceps est carnivore,
elle mange très bien en captivité des crustacées, des poissons frais ou
décongelés, des blancs de poulet, des escargots, du bœuf, des amphibiens comme
des crapauds et leurs œufs et des vers. Une alternative simple et rapide
à de tels aliments est d'offrir des granulés secs pour chats et chiens qu'elles
apprennent à manger très rapidement, même si cette option ne doit pas devenir
l'élément principal du régime alimentaire car il peut être trop gras. Il est
important de ne pas nourrir les tortues plus de trois fois par semaine avec une
quantité d'aliment qui est mangé en quelques minutes. Si la tortue laisse la
nourriture sur le fond de l'aquarium, soit elle est malade soit vous lui donnez
trop ou trop souvent. Trop nourrir une tortue conduit àl'obésité et peut par
conséquence affecter leur métabolisme et leur comportement naturel.
3.3. Reproduction en captivité
En captivité les accouplements sont assez fréquemment et ils sont sans rituel
particulier avant la copulation. Le mâle approche la femelle par l'arrière et
se positionne en bloquant les membres arrière sur les bords de la dossière de
la femelle. Il maintient la femelle contre le sol avec ses membres avant et le
cou complètement étendus, sa tête atteignant la tête de la femelle. Il ouvre et
ferme le bec périodiquement. Il est fréquent que le mâle s'accouple de
façon obsessive causant des blessures à la carapace de la femelle avec les
ongles des membres avant ou en mordant la région de la queue. Afin d'éviter ses
continuelles accouplements, la femelle Batrachemys
développe un comportement intrigant, lorsque le mâle commence être agressif,
elle joue la morte afin de le décourager. Le mâle pensant que la femelle
est morte s'en va. Un tel comportement peut être très stressant pour l'éleveur
et en fait la première fois que j'ai observé ce comportement je cru, moi aussi,
que la femelle était morte. J'ai du attendre environ deux heures pour la voir
redevenir active comme si de rien n'était.
La ponte apparaît
à la fin du mois de mars dans mon élevage. Lorsque je détecte des œufs par
palpation, j'humidifie le sol de la zone de ponte pour aider les femelles.
Lorsque la femelle est prête à pondre, elle grimpe dans la section terrestre et
creuse un nid. Apres la ponte elle recouvre avec soins la zone et aplatit le
sol avec son plastron, effaçant parfaitement toute trace de ponte. La
seule façon de savoir si une tortue a pondu est le fait que de la terre est
présente dans l'eau de l'aquarium. En 2005, la plus grande femelle de mon
élevage (23 cm de longueur de dossière) a pondu 13 oeufs elliptiques, alors que
la plus petite (14 cm de longueur de dossière) n'a pondu que 3 oeufs. Il faut
noter que cela fait la troisième année que la plus grande femelle pond. La
première fois, en 2003, elle ne mesurait que 12/13 cm et avait pondu 3 oeufs,
aucun n'ayant été fertile. En 2004, à une taille de 18 cm, elle fit 8
oeufs, dont 4 furent fertiles mais seulement 2 éclorent. J'ouvris les
deux autres un mois après que l'éclosion du second nouveau-né,et ai trouvé des embryons complètement développés mais
morts dans l'œuf. L'incubation des oeufs prend beaucoup de temps pour cette
espèce. J'ai placé les oeufs dans un bac en plastique avec de la vermiculite
humide (selon le ratio 1:1 eau/vermiculite) et déposé le tout dans un
incubateur à 29 à 30°C, avec une humidité de 70 à 90%. Les éclosions sont
apparues après 8 à 9 mois d'incubation. Comme dans le cas d'autres espèces, la
durée du développement embryonnaire n'est pas la même pour chaque individu. En
fait le premier œuf a éclos un mois avant le second. C'est pourquoi il est
prudent d'attendre avant d'ouvrir les œufs.
3.4. Soins des juvéniles
Les nouveau-nés
sont assez grands, ils mesurent environ 4 cm de longueur de dossière.
Lorsque qu'ils
sont complètement sortis de leurs oeufs, ils possèdent encore une forme courbée
et je les baigne habituellement dans de l'eau tiède. Je les conserve dans
l'incubateur durant 18 heures pour permettre au sac vitellin de se résorber
complètement. Je les place ensuite dans une boîte plastique rempli d'eau
du robinet sur 5 cm de profondeur que je conserve à 24°C. Je commence à les
nourrir chaque jour avec des petites crevettes (Artemia salinas) et des larves de moustiques (Chironomus). L'eau est changée tous les
deux jours. De cette façon, les jeunes tortues sont obligées de sentir la
nourriture et après une semaine elles commencent à se nourrir. Je réduis alors
la fréquence de nourrissage et commence à introduire des nouveaux aliments
comme du coeur de bœuf et des granulés secs. Après une année, les nouveau-nés
ont atteint une taille de 10 cm de longueur de dossière avec une croissance
régulière et aucune malformation. Ces juvéniles ont un comportement très
différent de leurs parents capturés dans la nature. Ils n'ont aucune timidité.
Auteur
Giovanni Gaibazzi ,
e-mail : giovanni@tartarughe100x100.com, www.tartarughe100x100.com
Remerciements
Je remercie Sébastien Métrailler pour sa contribution à la rédaction de
l'article ainsi qu'à Ghislaine Guyot pour la traduction du texte original en
anglais.
Photos de l'auteur
Bibliographie
McCord, W. P., M. Joseph-Ouni, & W. W.
Lamar. 2001. A
Taxonomic Reevaluation of Phrynops
(Testudines: Chelidae) with the description of two new genera and a new species
of Batrachemys. Rev. Biol.
Trop. 49(2): 715-764.
Site internet:
www.chelidae.com
Légendes
Fig. 1 : vue de la tête de la femelle adulte
Fig. 2 : Vue
du plastron de la femelle adulte
Fig. 3 :
Aquarium où sont élevé les adultes
Fig. 4 :
Première éclosion en 2004
Fig. 5 :
Nouveau-né Batrachemys raniceps
Fig. 6 : Juvénile Batrachemys
raniceps
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